"Si tu savais le don de Dieu" (Jn 4, 10)

Samaritaine

Quelques points de repères pour l’Évangélisation des Jeunes

Lisez l'Évangile de la Samaritaine en cliquant ici.

C’est la parole de Jésus à la Samaritaine... C’est sans doute la parole de Jésus aux jeunes de notre temps, qui pour la plupart ignorent tout du don de Dieu. Ils sont comme la Samaritaine… Ils manquent d’eau. Ils veulent prendre comme elle de l’eau au puits… Or, Jésus va parler non de prendre mais d’accueillir… de s’ouvrir à un don… Dieu n’est jamais l’aboutissement d’une conquête, d’une invention mais le fruit d’une découverte… Cette découverte, suppose une intériorité, une réconciliation avec soi-même, l’accueil d’une présence vécue comme un don.

1 – La rencontre de Jésus et de la Samaritaine : Jn 4,1-26

-        Une femme de Samarie : On ignore son nom. A la différence de Nicodème dans le texte précédent, elle rencontre Jésus par hasard. Elle est étrangère à la culture et à la foi de Jésus. Tout les oppose : Une femme/un homme – Un juif/Une Samaritaine – Une foi différente. Or, Jésus ne se laisse pas enfermer dans ces catégories… C’est lui qui ose exprimer sa fatigue et qui s’adresse à cette femme. Il n’arrive pas en positon de force.

Pour nous : la différence n’est pas un obstacle… Notre fragilité, nos faiblesses peuvent être chemin de rencontre et d’évangélisation.

-        Elle vient pour puiser de l’eau : A la fois, c’est le geste le plus quotidien et le plus important pour cette femme. Le puits est le symbole de la vie dans la bible mais aussi de l’amour humain et de l’alliance entre Dieu et son peuple (la loi d’alliance). Or, cette femme est en rupture avec beaucoup de ces aspects, que ce soit au niveau de sa quête affective comme de sa vie spirituelle.

      L’eau est aussi le symbole de la soif c'est-à-dire du désir. L’être humain a faim de biens mais il a soif de considération et de dignité. Cette femme vient le midi car il n’y a personne. Sa vie relationnelle est aussi fragile que sa vie affective. Elle a soif d’être aimée pour elle-même et non pour sa beauté éphémère ou son pouvoir de séduction.

Pour nous : il y a au cœur de tout être humain une authentique soif de reconnaissance. Au niveau des jeunes : « Pour être soi, il faut être comme les autres ». Il suffit de regarder le poids des marques de vêtements. La tyrannie de la majorité est lourde à porter. L’autorité d’un groupe est bien plus forte que celle des parents ou des professeurs, surtout à l’âge de l’adolescence. Mais au fond d’eux-mêmes, il y a une soif d’authenticité.

-        Donne-moi à boire, lui dit Jésus. La Samaritaine était venue pour prendre. Or elle est capable de donner. Dans ce texte d’Évangile, le terme qui revient le plus souvent c’est celui de donner… le don. Cette femme va dire à Jésus ses préoccupations les plus quotidiennes. Ce quotidien qui pour elle n’a pas de sens. La banalité de sa vie la déçoit. Elle était en quête d’un grand amour et même là, c’est la déception suprême.

Et nous : Nous avons plus de moyens de vivre qu’autrefois mais sans doute moins de raisons de vivre. Nos contemporains sont en quête de sens devant la banalité du quotidien. On vit dans le zapping, pour l’immédiat, pour les vacances… Combien de jeunes semblent aussi déçus par la vie. Et pourtant, Jésus ose dire : Fais le don de toi-même… offre-moi ce désir de vivre… et même tes déceptions… tes échecs, au lieu de t’épuiser à vouloir être comblé à tout prix par une multitude d’aventures.

-        Si tu savais le don de Dieu.

Jésus ne s’impose pas. Il éveille le désir de cette femme d’être reconnue dans sa dignité. Elle est aimée de Dieu au-delà de ses blessures, de ses infidélités, de la banalité de sa vie. Elle a du prix aux yeux du Père. Elle est pleinement fille de ce Père qui l’aime depuis toujours et qu’elle ignore.

Si tu connaissais celui qui te demande à boire, dit Jésus. Le don de Dieu est lié à la personne de Jésus. Or, la Samaritaine s’est refermée sur elle-même… Elle a perdu confiance en elle, dans les autres, en Dieu. Et voilà que Jésus a réveillé en elle le désir profond de vie. Elle ajoute : « Donne-la moi de cette eau que je n’aie plus soif et ne revienne plus ici pour puiser. » Elle passe de la dure réalité du quotidien au rêve le plus insensé : « Que je n’aie plus soif. » Jésus n’est pas insensible à son rêve mais il veut surtout répondre à son désir profond de vie qui l’habite.

Et nous : Devant les épreuves de la vie et les déceptions, il nous arrive de nous refermer sur nous-mêmes… de désespérer des autres et combien plus encore de Dieu. Les jeunes eux-mêmes voient leurs rêves s’anéantir au point qu’ils préfèrent la résignation et renoncent à toute confiance en Dieu, dans les autres, en eux-mêmes. Jésus nous dit : « Si tu savais le don de Dieu. » Comment accueillir ce don au lieu de fermer nos cœurs

-        « Crois-moi », dit Jésus.

Peu à peu, la Samaritaine va grandir dans la confiance et elle pourra la donner totalement à Jésus. C’est ainsi qu’elle deviendra une authentique femme de foi et même un témoin de la foi dans son village. Elle a pu enfin être elle-même devant Jésus. Elle a pu exprimer sa déception devant la dure réalité de la vie. Elle avait cru à la vie, à l’amour, au bonheur. Il y a au fond d’elle-même une soif d’eau vive et en même temps, une parole de vérité. « En cela, tu dis vrai » ajoute Jésus. Et même au niveau de sa quête spirituelle, Jésus l’invitera à adorer Dieu « en esprit et en vérité ». Cette lumière qu’elle cherche, c’est le don de l’Esprit. La foi est don de Dieu. Oui, tout son être a soif d’amour absolu. Elle a soif d’adorer le vrai Dieu… Jusqu’alors elle n’a fait qu’adorer des subterfuges qui l’ont déçue…

Et nous ? Au cœur du désert spirituel que traverse l’Occident et en particulier les jeunes générations ; il y a sans doute une authentique soif d’adorer le vrai Dieu… le Dieu de vie. La quête de bonheur de tant de jeunes n’est pas étrangère à cette soif spirituelle. N’hésitons pas à leur faire rencontrer des témoins de l’absolu… des hommes et des femmes qui ont donné leur vie pour le Christ… Finalement, ils ont soif de rencontrer le Christ qu’ils ignorent. A l’occasion des JMJ 2005, le Pape Jean-Paul II disait aux jeunes : « Chers Jeunes, l’Église a besoin de témoins authentiques pour la nouvelle évangélisation : des hommes et des femmes capables de communiquer cette expérience aux autres. L’Église a besoin de saints. »

2) Une pastorale de la présence et du témoignage

On n’évangélise que ceux qu’on aime… ceux pour lesquels on est prêt à donner sa vie. Je vous rappelle simplement la devise de Don Bosco s’adressant aux jeunes : « J’ai confiance en toi. Je t’aime tel que tu es. J’espère en toi. » Il s’agit d’aimer ces jeunes qui ne sont pas aimables tous les jours. L’amour dont parle saint Paul c’est l’Agapé de Dieu : c’est l’amour Trinitaire. Dieu est communion dans la différence et l’Agapé de Dieu est le fruit de cette communion. C'est-à-dire que pour nous, c’est une communauté qui révèle Dieu… c’est une communauté qui aime ces jeunes. On n’évangélise jamais seul. On n’éduque jamais seul. En même temps, la patience est la délicatesse de l’amour. Ce n’est pas en tirant sur les poireaux qu’on les fait pousser plus vite. Aimez de l’amour même du Dieu Trinitaire. Ayez la patience de Dieu pour l’humanité. Mais beaucoup de jeunes n’auront que votre visage et votre vie pour découvrir l’amour infini de Dieu pour eux. Je vous confie tous au Seigneur et à la Vierge Marie. Je lui demande de bénir votre mission. Ceci n’est qu’une timide invitation à construire tout au long de cette année une réflexion sur votre mission de chrétiens au sein de vos groupes. A vous de l’enrichir de votre propre expérience. Comptez sur ma confiance et ma prière.

                                                                                 U Jean-Claude BOULANGER
                                                                                     Évêque de Bayeux - Lisieux

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