Méditation de Mgr Boulanger : Comment transmettre la foi ? (2 Timothée 2, 2)

Comment transmettre la foi aux enfants et aux jeunes ?

« Ce que tu m’as entendu dire en présence de nombreux témoins, écrit Saint Paul au jeune Timothée, confie-le à des hommes dignes de foi qui seront capables de l’enseigner aux autres, à leur tour. » Deuxième Lettre de saint Paul à Timothée 2, 2

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Chers amis.

« Dis-moi ce que tu es, je te dirai ce que tu crois. » Cet adage nous montre qu’on n’enseigne pas la foi comme on enseigne les mathématiques. D’ailleurs si c’était comme cela, Jésus n’avait qu’à nous donner le livre comme l’a fait le prophète Mahomet avec le Coran. Il aurait pu enseigner à une multitude de disciples, aller dans la capitale de l’empire romain c’est-à-dire à Rome et ses disciples auraient répandu dans tout l’Empire son enseignement. Ainsi il ne serait pas mort sur la croix et peut être que le Christianisme n’aurait pas rencontré toutes les persécutions qu’il a connues.

La foi c’est la rencontre de quelqu’un qui a changé ma vie à savoir Jésus. À l’âge de 17 ans c’est ce prêtre qui m’a dit : Jésus a confiance en toi. Et ce prêtre m’a fait effectivement confiance. C’est donc par lui que j’ai pu vérifier que Jésus était un véritable ami. La foi se transmet d’abord par le témoignage. Combien d’enfants ont fait du Caté et n’ont jamais rencontré Jésus parce que la catéchiste ne s’est pas mouillée. Elle a enseigné du catéchisme mais les enfants n’ont pas découvert comment Jésus avait changé sa vie à elle. Un témoin est différent d’un enseignant. Il enseigne non seulement par ce qu’il dit mais aussi par toute sa vie. C’est toute sa vie qui témoigne autant que ses paroles. Déjà le pape Paul VI disait que notre monde croit davantage à des témoins qu’à des maîtres à penser.

Jésus a changé ma vie. J’ai eu envie non seulement de le connaître mais de le faire connaître. L’Évangile est le premier lieu où je peux le découvrir. Madeleine Delbrêl disait « que l’Évangile n’a pas été écrit pour être lu mais pour être reçu en nous et pour être vécu ». Si je suis là c’est donc à cause de Jésus et de l’Évangile. Comment voulez-vous parler de Jésus si vous ne lisez jamais l’Évangile ? Chaque matin la Parole de Dieu me fait rencontrer quelqu’un qui est Jésus et ma journée prend un sens. Il m’interpelle ou m’apaise. Et toi qui es jeune as-tu un Évangile sur ton bureau et une croix dans ta chambre ? Le chrétien tient dans une main l’Évangile et dans l’autre la croix mais la croix avec Jésus dessus. C’est le fondement de ma foi. Chaque matin je commence par contempler Jésus sur la croix. Bien sûr je lui dis que je l’aime et qu’il envoie son Esprit d’amour sur moi-même et tous ceux que je vais rencontrer. C’est d’abord Lui qui nous aime. C’est ce que je comprends en regardant Jésus sur la croix. Pourquoi ? Parce que vivre c’est choisir de vivre. Choisis la vie, me dit Jésus ! Tout au long de la journée je serai peut-être confronté à des forces de mort qui peuvent être des conflits, des gens qui ne s’entendent pas, des gens découragés ou qui baissent les bras. Tant plus on vieillit, tant plus il faut ajouter de la vie à chaque instant de son existence. Et puis si vous choisissez Jésus, le Malin, c’est-à-dire le diable, les forces du mal ne vont pas vous rater. Les catéchumènes quand ils se préparent au baptême en font d’ailleurs la douloureuse expérience. Si vous choisissez Jésus parfois ça va se déchaîner. On ne s’en rend pas toujours compte mais on a des choix à faire. Les forces du mal sont là à certains moments comme une pierre sur laquelle on va buter et qui va nous faire chuter. On chute toujours au moment où on ne s’y attend pas et particulièrement dans les moments où on ne prie pas. La foi c’est un combat spirituel. Bien sûr il y a l’Esprit saint mais il y a d’autres esprits qui ne sont pas toujours des esprits de lumière. Je lui dis parfois au Malin : tu n’as pas de mal à t’en prendre à nous les humains ! On est tellement faibles ! Tu n’as pas beaucoup de mérite à nous faire chuter. Il n’y a que Jésus qui aie vaincu le Malin et les forces du Mal au désert. Il les a vaincues en notre nom.

Vous savez, la vie, ce sont trois grandes réalités que Jésus a affrontées en notre nom. Lui en allant au désert conduit par l’Esprit saint avant de commencer sa mission et l’évangélisation a résisté contre les forces du mal. Ces trois grandes réalités de la vie que nous devons affronter, Jésus les a assumées dans sa foi et sa confiance en Dieu son Père soutenu par l’Esprit saint. Il s’agit de l’avoir, du pouvoir et du croire. Ces trois réalités sont faciles à retenir. Nous allons lire le texte qui évoque ce combat spirituel entre Jésus et le diable : 

« Jésus, rempli d’Esprit Saint, quitta les bords du Jourdain ; dans l’Esprit, il fut conduit à travers le désert où, pendant quarante jours, il fut tenté par le diable. Il ne mangea rien durant ces jours-là, et, quand ce temps fut écoulé, il eut faim. Le diable lui dit alors : « Si tu es Fils de Dieu, ordonne à cette pierre de devenir du pain. » Jésus répondit : « Il est écrit : L’homme ne vit pas seulement de pain. » Alors le diable l’emmena plus haut et lui montra en un instant tous les royaumes de la terre. Il lui dit : « Je te donnerai tout ce pouvoir et la gloire de ces royaumes, car cela m’a été remis et je le donne à qui je veux. Toi donc, si tu te prosternes devant moi, tu auras tout cela. » Jésus lui répondit : « Il est écrit : C’est devant le Seigneur ton Dieu que tu te prosterneras, à lui seul tu rendras un culte. » Puis le diable le conduisit à Jérusalem, il le plaça au sommet du Temple et lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, d’ici jette-toi en bas ; car il est écrit : Il donnera pour toi, à ses anges, l’ordre de te garder ; et encore : Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre. » Jésus lui fit cette réponse : « Il est dit : Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. » Ayant ainsi épuisé toutes les formes de tentations, le diable s’éloigna de Jésus jusqu’au moment fixé. » Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 4, 1-13

Jésus affronte ces trois grandes réalités qui fondent l’existence humaine : L’avoir… la consommation… toujours plus… le pouvoir d’achat… Tout cela c’est l’actualité. L’homme ne vit pas seulement de biens mais de l’échange donc de la communion… avec les autres, avec Dieu, dit Jésus. Le bonheur est dans la relation et non dans la consommation. Quand le Pape François parle de la sobriété, ce sont de rudes choix à faire…

Le pouvoir c’est plus facile à découvrir. On aime se montrer le plus fort, parfois écraser les autres. Il y a le pouvoir économique, politique, affectif, spirituel… Vous pouvez continuer la liste… Le service peut vite devenir un pouvoir… je suis le chef... je fais sentir mon pouvoir…

Puis il y a le croire. J’attends de Dieu de la magie, du prodigieux, du sensationnel. Je fais même du chantage à Dieu. Je croirai si... « Jette toi du haut du temple » dit le diable à Jésus, ils vont croire en toi, ils vont se prosterner devant toi... La foi c’est faire totalement confiance à Dieu. Dans le mot confiance, il y a aussi la racine du mot foi.

Dans la prière je découvre comme saint Paul que c’est le Christ qui vit en moi et qui m’aide à grandir dans la foi. Comment voulez-vous être chrétien si vous ne priez pas, si vous ne rencontrez jamais le Christ dans l’Eucharistie ? Quand vous priez, c’est Jésus qui vit en vous. Vous pouvez dire comme saint Paul : « Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi. Ce que je vis aujourd’hui dans la chair, je le vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré lui-même pour moi. » Lettre aux Galates 2, 20. Saint Paul rappelle aussi que la vie chrétienne c’est un combat mais l’Esprit Saint nous soutient et nous invite à mettre notre confiance dans le Christ. « Enfin, puisez votre énergie dans le Seigneur et dans la vigueur de sa force.  Revêtez l’équipement de combat donné par Dieu, afin de pouvoir tenir contre les manœuvres du diable. Car nous ne luttons pas contre des êtres de sang et de chair, mais contre les Dominateurs de ce monde de ténèbres, les Principautés, les Souverainetés, les esprits du mal qui sont dans les régions célestes. Pour cela, prenez l’équipement de combat donné par Dieu ; ainsi, vous pourrez résister quand viendra le jour du malheur, et tout mettre en œuvre pour tenir bon. Oui, tenez bon, ayant autour des reins le ceinturon de la vérité, portant la cuirasse de la justice, les pieds chaussés de l’ardeur à annoncer l’Évangile de la paix, et ne quittant jamais le bouclier de la foi, qui vous permettra d’éteindre toutes les flèches enflammées du Mauvais. Prenez le casque du salut et le glaive de l’Esprit, c’est-à-dire la parole de Dieu. En toute circonstance, que l’Esprit vous donne de prier et de supplier : restez éveillés, soyez assidus à la supplication pour tous les fidèles. Priez aussi pour moi : qu’une parole juste me soit donnée quand j’ouvre la bouche pour faire connaître avec assurance le mystère de l’Évangile dont je suis l’ambassadeur, dans mes chaînes. Priez donc afin que je trouve dans l’Évangile pleine assurance pour parler comme je le dois. » Lettre aux Ephésiens 6, 10-20

De même qu’on n’éduque jamais seul, de même c’est une communauté qui témoigne. C’est avec d’autres que l’on évangélise. Mais on n’évangélise que ceux qu’on aime, ceux pour lesquels on est prêt à donner sa vie. Le témoignage est d’abord un rayonnement d’amour. C’est en aimant ces enfants ou ces jeunes, en ayant confiance en eux, en leur montrant notre confiance que nous témoignerons de Jésus et de l’Évangile. Lui, il aime ces jeunes et ces enfants et il a confiance en eux mais il a besoin de nous. Que notre cœur soit rempli de bonté et de patience et nous serons un vrai témoin de Jésus. C’est ce que je souhaite à chacun d’entre vous.

+ Jean Claude Boulanger
Évêque de Bayeux - Lisieux
"Se former pour éduquer", samedi 1er décembre 2018 à Caen

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